Discovering the solitary island along EuroVelo 1 – French language version

Je m’appelle Pauline Ginestet, j’ai 37 ans. Je suis enseignant en activité physique adaptée.  Je vis dans le Tarn à Albi.

Voici mon histoire à propos de mon voyage en Irlande à l’été 2025, lorsque j’ai roulé sur l’EuroVelo 1 – Atlantic Coast Route, de Limerick à Belfast.

Lors de ce voyage, j’ai voyagé de Roscoff à Cork en ferry le mardi 29 juillet 2025. Mon voyage a duré un peu plus de 4 semaines – et je suis revenu de Cork à Roscoff le mercredi 27 août 2025.

Si vous souhaitez en savoir plus sur moi et le matériel que j’ai apporté lors de mon voyage, vous pouvez en lire à la fin de mon histoire.

Le plus compliqué avec le voyage en solitaire est le moment où l’on veut en parler. Les paysages, les rencontres, les craintes, les émotions… On a envie de tout dire, de tout décrire et en même temps on ne sait jamais par où commencer. Les gens nous interrogent, souvent par politesse, mais ils ne sont pas vraiment avides de tous ces détails. Et pourtant, ce sont tous ces détails, qui définissent mon voyage, le décrivent comme je l’ai vécu, le rendent unique.
Ce sont eux qui font que ce voyage ne ressemblera à aucun autre et que personne d’autre ne le vivra tel que moi je l’ai vécu. Pour ne pas l’oublier et pour continuer à le faire vivre dans mon esprit, je vais essayer de le raconter…

Genèse et préparation

J’ai un peu d’expérience en itinérance à pied mais voyager à vélo… je n’ai jamais fait ! L’idée commence à me titiller en octobre 2024. L’objectif étant d’utiliser le vélo comme un moyen de déplacement actif et non de faire une performance sportive, le fait de ne pas être une grande cycliste ne m’arrête pas.

Après avoir discuté avec un ami sur son expérience de l’EV1 en France, ce projet a petit à petit mûri dans mon esprit : je veux voyager à vélo, j’ai un mois pour le faire, et plusieurs critères : 1/ un pays plutôt sécure 2/ un pays où il ne fait pas trop chaud, 3/ j’ai envie de continuer à travailler mon anglais, 4/ et je recherche avant tout un pays plutôt nature. Résultat : l’Irlande et l’Écosse se positionnent en haut de ma liste… Ce sont deux pays que j’ai déjà visités mais durant trop peu de temps : ça tombe bien, je comptais y retourner…

Avec les précieux conseils de mon ami, j’effectue des recherches sur Open Cycle Map, puis sur le site de l’Euro Vélo, je regarde des vidéos de personnes qui ont vécu cette expérience… et c’est parti, mon choix est fait : l’EV1 en Irlande ! Rapidement, je sais que je veux aller jusqu’à Belfast, le plus dur est de savoir d’où je pars. Sans prendre de décision sur ce point-là, en mai 2025, je prends mes billets de Ferry entre Roscoff et Cork. J’en parle à mes proches : je ne peux plus revenir en arrière…

Pour le départ, j’ai très envie de passer par la péninsule de Dingle mais je crains que cela soit trop juste et m’empêche pleinement de profiter du voyage. Le sentiment d’avoir systématiquement « peur de rater quelque chose » et ma difficulté à faire des choix me font hésiter.… Finalement, une semaine avant d’embarquer sur le ferry je prends ma décision : je partirai de Limerick pour pouvoir prendre mon temps. Je réserve les billets de train et ma 1ère nuit chez Ruth dans un « bed and breakfast ». Les autres nuits se feront le plus possible sous la tente. J’effectue quelques recherches sur les campings, il n’y en a pas tant que ça, je calcule donc les distances entre eux, me permettant d’évaluer plus ou moins mes étapes. Je pars avec mon itinéraire global en tête, sans réservation préalable, avec l’idée de laisser les rencontres et mes envies le modifier…

Mon vélo qui n’est ni moderne, ni léger, ni fashion (mais on me l’a donné ! Merci Eric !) est enfin prêt et je pense que je ne passerai pas inaperçue avec son look unique : rouge et sacoches vertes.

Trajet aller entre Roscoff et Limerick

Lorsque je suis dans le ferry, c’est la foire aux questions : est-ce que j’ai pris tout ce qu’il me fallait ? Est-ce que je vais y arriver ? Je doute tellement de moi-même ! Pourtant, je suis tout excitée : ça y est c’est parti, ça se concrétise… j’ai hâte d’être en Irlande. Arrivée au port, je parcours les 20km qui me séparent de Cork avant de prendre le train direction Limerick.

Secteur de Limerick à Galway en 4 étapes :

1/De Limerick à Kilrush : 105km – 1200m D+

2/De Kilrush à Miltown Malbay : 105km – 650m D+

3/Cliffs of Moher et entrée dans le Burren : 50km – 500 D+

4/Tour dans le Burren jusqu’à Galway : 80km – 650 D+

Le début de mon voyage commence par une grosse étape sous le temps irlandais ! Habillée de la tête aux pieds pour contrer la pluie, je m’imprègne de cette atmosphère.

Je roule à gauche, je pense à rouler à gauche, je réfléchis à bien rester à gauche et quand j’arrive à un croisement, je regarde à droite puis à gauche puis encore à droite parce que je ne sais jamais d’où peuvent arriver les voitures ! Je dis « Hey » à chaque personne que je vois car les irlandais sont très polis et très souriants. Ma première impression : je me sens bien.

L’itinéraire exploite toutes les petites routes irlandaises où je ne croise que très peu de voitures (et de vélos d’ailleurs). Dans ces campagnes, les maisons irlandaises sont immenses, bien entretenues, sans mur ni grillage et avec des jardins impeccables. A Kilrush, je m’autorise ma 1ère soirée « bière + fish and chips », l’ambiance conviviale et familiale des pubs n’est pas un mythe, c’est un vrai lieu de vie où tout le monde a sa place : seul (ou seule), en famille ou en couple.

Sur la 2ème étape, le soleil est au rendez-vous, et je fais connaissance avec les falaises déchiquetées au niveau de Loop Head : elles représentent un paysage typique d’Irlande que je retrouverai un peu partout sur la côte et dont je ne me lasserai pas tout au long du voyage.

L’EV1 passe ensuite près des Cliffs of Moher, falaises qui s’élèvent jusqu’à 214m au-dessus de l’océan Atlantique sur une longueur de 8 km, site le plus visité en Irlande, je décide d’aller y faire un tour, il y a beaucoup de monde (des touristes français en majorité), c’est le choc par rapport à la solitude sur les routes, mais malgré la foule, ce petit tour à pied vaut le détour.
Je poursuis vers Doolin, village emblématique et plein de charme avec ses petites maisons colorées. Je profite de ce décor le temps d’un pique-nique improvisé. Avant d’arriver au camping de Fanore Beach où j’ai prévu de dormir, je sors légèrement de l’EV1 pour longer la route entre la mer et le plateau désertique du Burren. Rouler sur cette côte a été un moment fort de mon voyage : cette vision de roches à perte de vue qui surplombent l’océan et cette route qui se faufile entre la roche et l’eau m’ont émue par leur beauté pure et sauvage.

L’étape dans le Burren est tout simplement grandiose, les paysages sont incroyables et continuent à me surprendre. Pour mon plus grand bonheur, il n’y a pratiquement personne sur les routes malgré l’intérêt touristique du site. Je m’arrête au Dolmen de Poulnabrone où je rencontre Mark, un guide irlandais de Belfast, qui accompagne un groupe, il me questionne sur mon voyage, étant lui-même un adepte du vélo. Un quart d’heure plus tard nous nous disons au revoir et il me laisse sa carte : je le recontacterai quand j’arriverai en Irlande du Nord et on se reverra à Belfast.

A la sortie du Burren, je passe par Kinvarra, village en bord de mer très mignon, j’y fais un arrêt pique-nique avec séchage obligatoire. Il a plu toute la nuit et ma tente est trempée. J’arrive ensuite à Galway, où je laisse mon vélo à l’auberge et pars visiter la ville à pied. Je croise des Français au pub, des québécois à l’auberge… des rencontres furtives mais qui font du bien.

Quand j’ai annoncé que je partais en voyage en Irlande, on me parlait systématiquement de la pluie jamais du vent ! Cette étape est un peu spéciale : j’ai prévu de prendre le ferry pour aller sur les îles d’Aran (celle d’Inis Mor exactement) et d’y dormir une nuit. Je pars donc de Galway vers 8h30 et prends la route pour arriver au plus vite à Rossaveel sans suivre l’EV1. Je roule sur la Wild Atlantic Way, il y a beaucoup de voitures, le vent de face qui souffle à 80km/h, un gros orage qui arrive… Bref, une horreur absolue, le pire moment de mon voyage.

Quel soulagement d’arriver entière et à l’heure au lieu d’embarquement !

Après une traversée un peu fébrile, j’arrive sur l’île, direction le camping pour installer ma tente puis je pars l’explorer à vélo. Ici tout le monde (ou presque) se déplace à vélo. Le détour par les îles d’Aran est vraiment à faire, l’ambiance y est vraiment particulière, on a l’impression que des « personnages mystiques » peuvent sortir à tout moment de n’importe quel recoin de l’île. On sent que cette île a une âme, une histoire…

Le Connemara en 3 étapes :

6/De Rossaveel à Dog,s Bay : 50km – 300 D+

7/De Dog’s Bay à Letterfrack : 67km – 510 m D+

8/De Letterfrack à Wesport : 70km – 650m D+

A partir de là, le changement de décor est assez flagrant, l’EV1 passe par des petites routes au milieu des lacs, des collines, des tourbières. Je croise quelques agriculteurs, il fait beau : je vis un moment de pur bonheur en connexion avec la nature et je rencontre mes compagnons les plus fidèles du voyage : les moutons !

A quelques dizaines de kilomètres de Roundstone, je me retrouve au milieu d’une course de vélo familiale. L’arrivée se fait au centre du village, qui est très mignon avec son petit port. De nombreux applaudissements accompagnent mon passage sous l’arche d’arrivée, les organisateurs pensent que je fais partie de leur course, c’est un moment très drôle !

J’arrive au camping et je pars me promener le long de la Dog’s Bay, plage magnifique que je contemplerai le temps d’une petite bière offerte gentiment par un gars du camping.

Plus je vais vers le Nord, plus il y a du relief dans les paysages… Je longe toujours la côte et j’arrive à Omey Beach, plage à perte de vue que l’on peut traverser en voiture, c’est vraiment un endroit hors du temps.

A Letterfrack, je dors dans le jardin d’un ancien monastère qui a été rénové par un couple en auberge de jeunesse bohème. Il pleut toute la soirée, je profite des pièces communes et de la cheminée pour rester au chaud. Je suis aux portes du parc national du Connemara où les Français sont très présents. Je profite de ces moments pour remplir mon capital social et relationnel !

Le lendemain, en revanche, je fais une mauvaise rencontre : les midges ! Le moindre morceau de peau est tout de suite envahi par ces petites mouches qui sucent le sang. Après ma défaite face à ces adversaires impitoyables, me voilà repartie pour ma 3ème journée dans le Connemara. L’EV1 passe par Killary Harbour, c’est à couper le souffle et j’ai envie de m’arrêter sans arrêt pour prendre des photos. Malheureusement au bout d’une heure c’est une journée pluvieuse et brumeuse qui s’annonce : je ne peux pas profiter des points de vue. Je trouve par chance une église ouverte qui m’abrite le temps du déjeuner. L’arrivée de cette étape est prévue à Wesport, chez Tom, un hôte WarmShower, application pour que les cyclistes hébergent gratuitement d’autres cyclistes (ça sera d’ailleurs le seul du séjour car ils ne sont pas nombreux en Irlande). Je passe la soirée dans son restaurant « tapas » à discuter avec lui et ses amis Paul et Mickaël au milieu des clients. Ce sont tous les trois des personnes très accueillantes, drôles et intéressantes. Cette soirée restera un beau moment du voyage.

Le comté de Mayo en 3 étapes :

9/Le détour par Achill Island : 57km – 450D+ (+ aller-retour à Keem bay 30km-480m D+)

10/D’Achill Island à Bellmullet : 87km – 550m D+

11/De Bellmullet à Ballina : 113km – 950m D+

Je programme un détour par Achill Island avant de poursuivre vers le Nord sur l’EV1. L’étape a été un calvaire avec du vent de face tout le long, je n’avance pas, je prends beaucoup de temps à arriver au camping, je suis fatiguée : je décide donc de me reposer, d’aller à Keem Bay le lendemain et de rester deux nuits ici.

Bonne décision car le matin le temps est magnifique et jusqu’à Keem bay la route propose des points de vue et des couleurs incroyables. Juste avant d’arriver à la plage, le parcours est assez difficile physiquement avec une montée courte mais raide sur laquelle les cyclistes du coin viennent tester leur potentiel. Je pose mon vélo à la plage et pars crapahuter dans la montagne qui surplombe cette plage magnifique qui offre des points de vue sur les « Cliffs of Croaghaun ».

Le trajet retour depuis le camping et la suite de l’EV1 jusqu’à Belmullet n’a que très peu d’intérêt et le temps est maussade. Jusqu’à Ballina, la route est plutôt déserte, heureusement mes amis les moutons sont présents tous le long du parcours pour m’encourager ! Ils sont en liberté partout et dès qu’ils m’entendent passer à côté d’eux, ils déguerpissent. Comme ils ne savent pas où aller, souvent, ils partent en courant sur la route et je me retrouve derrière eux à les poursuivre, du coup ils sont encore plus apeurés… Bref, je me marre bien avec eux !

Je fais un arrêt au musée archéologique de Ceide Fields, d’après les conseils avisés de Mickaël de Wesport, qui mérite d’être visité pour comprendre l’intérêt des tourbières, puis petit détour par le Down Patrick Head qui vaut un arrêt touristique.

Le comté de Sligo en 2 étapes :

12/De Ballina à Standhill : 86km – 800m D+

13/De Sligo à Bundoran : 95km – 730 D+

Incroyable mais vrai : c’est la canicule en Irlande ! Bon, comme je suis habituée à du 40°C chez moi, la canicule ici à 30°C est plutôt agréable ! L’itinéraire de l’EV1 me fait longer des tourbières à perte de vue, quelques lacs, je roule sur des petites routes, l’instant est très apaisant et Paf ! ma 1ère crevaison arrive… Je galère un peu avec mes pneus neufs mais je m’en sors et au bout de 45 minutes, c’est reparti ! Quelques problèmes techniques s’en suivent et le besoin de communiquer avec mon vélo est devenu une nécessité. Quand on est à vélo, à la différence d’être à pied, on n’est pas seul à devoir garder la forme ! A l’image de Tom Hanks et son Wilson dans « Seul au monde », mon vélo est devenu « Bikie », (c’est une fille bien-sûr !), et je lui parle pour qu’elle ne me laisse pas tomber !

Arrivée au camping de Standhill, je rencontre David, un Irlandais qui habite Dublin et qui a vécu 10 ans en France. Je discute un petit moment avec lui et on partage le repas du soir et également le petit-déjeuner et je poursuis l’EV1 et passe par Sligo. Assez vite je rejoins à nouveau la côte où les points de vue sont toujours aussi spectaculaires : la matinée est très agréable. Au bout de 3h, je m’arrête prendre une photo et je vois un cycliste qui roule vers moi : c’est David ! Son ami Don possède une maison le long de l’EV1 qui est à 50m de l’endroit où je me suis arrêtée, quelle coïncidence ! Ils me proposent de rouler un peu ensemble et Don, qui connaît bien le coin, nous fait passer par la Horseshoe road (cirque magnifique et sauvage) puis nous reprenons le tracé vers la boucle de Mullaghmore. On se séparera à cet endroit-là : eux retournent vers le Sud et moi je continue direction le Nord.

Le Donegal en 6 étapes :

14/De Bundoran à Sliabh Liag : 92km – 1100m D+

15/De Sliabh Liag à Tramore Beach : 62km – 800D+

16/De Tramore Beach à Sleepy Hollow Campsite : 55km – 600m D+

17/Sleepy Hollow Campsite à Mulroy drive Camping : 70km – 800m D+

18/De Mulroy Drive Camping à Binion Bay : 75km – 1020 m D+ (+ la traversée en ferry)

19/Par Malin Head jusqu’à Derry : 95km – 800m D+

Le comté de Donegal est le comté le plus au Nord de l’Irlande et c’est certainement l’un des plus beaux et sauvages. Quel endroit incroyable !

Pour commencer, j’ai prévu un détour par Slieve League (ou Sliabh Liag en Gaélique) car Mickaël de Wesport m’avait conseillé d’y aller. Je prévois d’y rester 2 nuits et de me faire un break « marche ». Cette étape est très longue, le début n’est pas très intéressant, je me sens fatiguée et en plus de cela surprise du chef : j’ai mes règles ! Avoir ses règles, en itinérance, à vélo, on en parle ?! Bref la journée va être longue ! Heureusement Bikie est à l’écoute (elle n’a pas vraiment le choix !).

Vers 13h, je m’arrête à côté d’une église où il y a des toilettes ouvertes (avec du papier et de l’eau : le luxe !). Je fais ma pause déjeuner et David me rejoint car je lui avais envoyé mon tracé la veille et il m’avait proposé de rouler avec moi. Je suis ravie de le voir débarquer et de finir cette longue étape avec quelqu’un. Et pour la petite histoire, nous faisons un échange de vélo ! Quel kiff ! La dernière heure le long de la côte est merveilleuse, les points de vue sont splendides et on arrive enfin au camping qui est très accueillant. David me propose d’aller au pub à Gleann Cholm Cille, village connu pour son côté authentique, les gens y parlent principalement le Gaëlique et défendent la culture celtique. Le lendemain nous partons ensemble à pied faire la boucle « the Pilgrim Path » qui part du camping où les points de vue sont incroyables sur les falaises de Slieve League.

Je roule ensuite jusqu’à Malin Bay et son incroyable « Silver Strand », une plage paradisiaque qui n’a pas à rougir face à celles des Caraïbes. Le trajet se poursuit au milieu de tous les paysages caractéristiques de l’Irlande où la chanson de U2 « Beautiful Day » tournera en boucle dans ma tête. Cette journée se terminera comme elle a commencé : avec une plage, Tramore Beach. Elle est très longue, déserte, j’y reste le temps du coucher du soleil, c’est un moment en solitaire rempli d’émotions. Je retrouve David pour notre dernier dîner ensemble.

Quand je repars de Tramore Beach, je sais que l’étape du jour va être courte et sans grosse difficulté jusqu’au prochain camping. Mais, à vrai dire, c’est très agréable de prendre son temps au milieu de ces paysages incroyables. Je longe la côte jusqu’à Portnoo en profitant des vues imprenables, puis j’arrive au Sleepy Hollow Campsite.

Le lendemain matin avant de partir, je rencontre Giovanni, un Italien, qui roule aussi sur l’EV1 dans le sens Sud/Nord. Il a commencé à Cork et a roulé autant de jours que moi mais avec moins de détours. L’EV1 passe non loin de Glenveagh National Park et son Mont Erigal majestueux. La journée est ensoleillée, encore une ! Cela fait d’ailleurs quelques jours que je suis gâtée par le temps. J’arrive au camping de Mulroy Drive assez tôt et je discute avec le gérant, je lui dis que je souhaite aller jusqu’à Malin Head, le point le plus au Nord de l’Irlande, il me conseille de passer par le Nord de la péninsule et de prendre un ferry à Rathmullan au lieu de redescendre à Letterkenny comme le prévoit l’EV1. J’écoute ses conseils et change mes plans pour la suite. A ce moment-là, je quitte officiellement l’EV1 que je ne retrouverai qu’à Derry. Cette péninsule est effectivement très jolie : je fais un arrêt tourisme à Fanad Head Lighthouse et à Great Pollet Sea Arch.

 Puis, j’arrive à Rathmullan où je prends le ferry jusqu’à Buncrana. Le trajet est hors du temps jusqu’à Binion Bay, je roule sur une ligne droite pendant des kilomètres avec une seule descente raide et une seule montée qui l’est tout autant. Le camping étant à côté d’une plage incroyable (encore une), je décide d’aller me baigner pour la première fois du séjour : il fallait bien que je le fasse au moins une fois !

Le trajet est très agréable jusqu’à Malin Head et arrivée là-bas, surprise, je retombe sur Giovanni. Trop contents de nous recroiser, nous décidons de rouler ensemble jusqu’à Moville. Puis lui ira un peu plus au Nord pour prendre le ferry direction Giant’s Causeway, sa destination finale. En ce qui me concerne, je prendrai la direction du Sud vers Derry. Nous passons quelques heures ensemble à rouler, déjeuner, rire et discuter.

J’ai conscience de faire un détour en descendant à Derry, et l’entrée de la ville est un enfer à vélo, mais je suis trop curieuse de visiter cette ville qui est connue pour sa triste histoire liée aux conflits entre les catholiques et protestants de 1972. J’arrive enfin en Irlande du Nord et le changement est palpable, l’atmosphère y est tellement différente, et il y a des drapeaux anglais un peu partout. Cette ville vaut vraiment le détour : quelle ambiance, quelle énergie ! Elle est agréable pour s’y balader, on peut longer les remparts, et il y a des peintures murales à tous les coins de rue qui rappellent l’histoire du Bloody Sunday. On sent encore que le combat pour les droits civiques y est très présent. Officiellement l’EV1 en Irlande s’arrête ici. En Irlande du Nord, il ne longe pas la côte mais se termine à Belfast avant de continuer en Ecosse. Mon objectif est de finir le voyage à Belfast mais de passer par la Chaussée de Géants donc à partir de maintenant je ne suis plus l’EV1.

L’Irlande du Nord en 3 étapes :

20/De Derry à Giant’s Causeway : 75km – 850 D+

21/De Giant’s Causeway à Garron Point en passant par The Dark Hedges : 70km – 1000m D+

22/De Garron Point à Belfast en passant par Ballymena : 60km – 560m D+

Normalement dans 3 jours, j’aurai atteint mon objectif : je serai à Belfast… En partant de Derry, je prends de petites routes pour arriver à Coleraine puis je rejoins la côte au niveau des points de vue époustouflants sur le White Rocks Beach, j’y retrouve Giovanni pour un pique-nique d’adieu. Il prend le train à Coleraine direction Belfast puis l’Italie, moi je poursuis ma route vers le camping en passant par le Dunluce Castel.

Une rencontre inoubliable de par sa spontanéité et la facilité que nous avons eue à échanger et à rire.

La côte entre Carrick-à-Rouge et la Chaussée des Géants : cette fois-ci, pas de vélo, je pars à pied à la découverte du littoral entre ces deux sites touristiques. Carrick-à-Rouge est une petite île, accessible par un pont de corde en bois. La traversée est payante et attire beaucoup de monde, un peu trop à mon goût ! La Chaussée des Géants est également très connue et très touristique, mais ce lieu mystérieux et immense permet d’apprécier des paysages incroyables et des points de vue variés. En revanche, la promenade le long de la côte entre ces deux sites est plutôt déserte, l’atmosphère y est très calme, on se croirait sur un plateau de cinéma : c’est d’ailleurs un endroit où ont été tournées de nombreuses scènes de la série Game of Thrones

Je reviens au Graig house Campsite où ma tente est déjà montée pour ma dernière soirée et nuit en camping. Le moment est particulier, je suis à la fois très excitée et émue de me dire que c’est bientôt la fin. Je n’arrive pas à dormir, j’ai l’impression, à cet instant, de me rendre réellement compte du voyage que je suis en train de faire et de l’expérience que je suis en train de vivre…

Je repars dans l’idée de faire un détour par The Dark Hedges, route bordée d’arbres immenses et tortueux, où a été tournée une scène mythique de Games Of Thrones. Je comprends pourquoi ce lieu a été choisi, il y a quelque chose de spécial et mystérieux ici, comme-ci ces arbres étaient en vie…

Puis direction Ballycastle où je retrouve la Causeway Coastal Route. Je prévois de la longer jusqu’à Garron point où j’ai réservé une chambre, il n’y a pas de camping dans le coin. Je fais un premier arrêt à Torr Head, où il y a de beaux points de vue sur les falaises sauvages.

Puis arrive la deuxième crevaison de mon parcours : pas de problème, ni une ni deux, la chambre à air est changée ! Malheureusement la fête est de courte durée, je crève de nouveau… Je m’arrête quelques kilomètres plus loin près d’une ferme. Là, s’en suit 2h de pause réparation de mes chambres à air, sans succès, je suis obligée de demander à Patrick, l’agriculteur d’à côté, s’il peut m’amener à l’endroit où je dors. Il fera 50km aller-retour avec son pick up juste par gentillesse pour m’amener à bon port. Je suis chanceuse de cette aide que la route m’apporte mais immensément frustrée et triste car je trouve cette situation injuste : être si près du but et être empêchée de pouvoir le faire… Je veux absolument trouver une solution pour finir mon voyage sur mon vélo.

Arrivée sur place, Teresa, la dame chez qui je dors, demande à son entourage s’ils ont ce qu’il faut pour me dépanner car le lendemain c’est dimanche, et le seul magasin ouvert est loin. On ne trouve qu’un kit de réparation et on passe la soirée (avec James et Kris mes « colocataires » extraordinaires) à essayer de réparer mes chambres à air. Mais rien à faire… La dernière solution est d’appeler Derek, un taximan, qui me déposera au magasin de Ballymena ouvert le dimanche. Pour la petite histoire, il me fera cadeau de la course…

Vélo réparé, c’est reparti direction Carrickfergus, dernier pique-nique sur mon vélo, dernières discussions avec les vaches et les moutons, dernières montées et descentes dans la campagne irlandaise et je retrouve la côte et roule jusqu’à Belfast ! J’encourage Bikie pour qu’elle tienne jusqu’au bout, et après toutes ces péripéties et formidables rencontres, je finis mon voyage à vélo sur mon vélo ! Je suis tellement reconnaissante envers toutes ces personnes qui m’ont aidée…

Après 1750 km et 25 jours d’itinérance, c’est avec un mélange d’émotions que j’arrive à Belfast : je suis heureuse, je suis triste, j’ai envie que mes proches soient là pour m’applaudir ou me prendre dans leurs bras, j’ai cette impression qu’il faut absolument que quelque chose se passe, mais il ne se passe rien et toutes ces émotions me submergent et je pleure… Je pleure de tristesse car je ne veux pas que cela soit déjà fini, je ne veux pas que cela s’arrête, je ne veux pas que ce voyage soit déjà du passé. Je pleure de bonheur, de fierté, d’euphorie, j’y suis arrivée, je l’ai fait, j’ai atteint mon objectif. Je pleure de fatigue, de soulagement… Je suis heureuse, soulagée et triste en même temps, mais à ce moment-là, je ne peux en parler qu’avec moi-même !

Visite de Belfast

Arrivée à l’auberge, je rencontre Janna, une Néerlandaise qui voyage en train, nous décidons de passer la soirée ensemble. Le lendemain nous partons visiter la ville avec ses quartiers catholiques et protestants où les murs de séparation ornés de peintures murales nous racontent les conflits passés. L’ambiance de Belfast me touche et son histoire m’émeut énormément. Ce n’est pas forcément une belle ville au niveau architectural mais son atmosphère est unique. En début de soirée je retrouve Mark, le guide que j’ai rencontré dans le Burren. Le temps d’une bière, nous nous racontons notre été respectif et nous donnons rendez-vous le lendemain pour le petit-déjeuner avant mon départ. Je retrouverai Janna pour la soirée et nous profiterons d’une soirée dansante dans un pub.

Trajets retours de Belfast à Roscoff

Je dis au revoir à Janna et Mark. A 11h je prends le train direction Dublin. David, que j’ai rencontré vers Sligo, m’avait proposé de dormir sur son canapé, je vais donc poser mon vélo chez lui et nous visitons la ville ensemble. Dublin est très différente de Belfast, comme je suis déjà venue il y a quelques années, je n’y passerai qu’une demi-journée. C’est sympa de retrouver David pour lui raconter la fin de mon voyage et rencontrer son amie Sabrina. Le lendemain, je prends un train pour Cork, je remonte sur mon vélo pour 20km entre la gare de Cork et le lieu de départ du Ferry. J’encourage Bikie pour qu’elle finisse le voyage (depuis les problèmes de l’avant-veille, je suis un peu stressée 😊).

 

Pendant le voyage en Ferry, les émotions ressenties en arrivant à Belfast seront de nouveau présentes et seront très compliquées à gérer… A ce moment-là, le voyage est vraiment terminé, et fait place aux souvenirs. Tout au long du périple, les mêmes rituels se mettent en place : plier la tente, remplir les bidons d’eau, pédaler, faire sécher les affaires de la veille, trouver à manger, chercher l’endroit où dormir pour le lendemain, remonter la tente…  Et le lendemain ça recommence. Ce sont des moments simples, des moments nécessaires. Cette aventure n’aurait pas de saveur sans l’introspection et l’écoute de soi-même qu’elle suscite mais surtout sans la rencontre de l’autre qu’elle amène sur son passage : des gens différents, inspirants qui ont à la fois conforté et chamboulé la vision que j’avais de la vie.

L’après…

Avec un peu de recul, je me rends compte que lorsque j’ai annoncé aux personnes de mon entourage que je prévoyais un voyage à vélo en solitaire, inconsciemment (je l’espère) leur retour est souvent tourné de manière négative. Ils exprimaient certainement leurs propres peurs (ou doutes) en donnant leur point de vue sur le nombre de kilomètres que j’avais prévu, en me demandant si je n’avais pas peur de partir toute seule… Ce genre de réflexions, je pense, bloquent de nombreuses personnes qui hésitent à partir seules (principalement les femmes).

Douter de sa propre capacité est finalement assez normal, pourtant je pense que tout le monde est capable de faire un voyage en solitaire. Je crois profondément que peu importe le voyage que tu fais, l’itinéraire que tu choisis, la façon dont tu le prévois – à pied, à vélo – à quel degré d’autonomie tu l’organises – en sauvage, en camping, en gîte – ce qui compte c’est de le faire comme tu souhaites le faire, avec ce que tu es. De voir les choses qui sont possibles pour toi et celles qui ne le sont pas. L’important c’est d’apprécier ce que tu fais au moment présent.

Ce voyage restera pour moi, un moment de liberté ultime, une reconnexion avec moi-même et la nature, une expérience où je suis sortie de ma zone de confort, qui m’a fait avancer et grandir.

Tout au long du voyage, j’ai toujours eu l’impression que j’étais là où je devais être. Même dans les moments de doute ou de moins bien, j’ai toujours trouvé du positif. Dans tous les endroits où je suis passée, j’en suis repartie avec quelque chose en plus… un objet, une rencontre, une discussion, une émotion… Ce dont tu as besoin, le chemin te l’amène…

Plus d’informations sur moi, mon vélo et mon équipement

Au-delà de mon travail, le sport a toujours fait partie de moi, c’est pour moi une façon de vivre, une nécessité et un besoin : je faisais de l’athlétisme quand j’étais jeune et maintenant je me qualifierais comme une “multi-sportive” car je pratique et j’aime pratiquer plusieurs sports : handball, boxe, randonnée, course à pied, yoga, VTT, et plus ponctuellement ski, natation, … J’ai fait quelques périples en itinérance à pied en autonomie et en solitaire : 1 semaine dans les Pyrénées en 2017 et 10 jours sur le GR 54 (tour des écrins) en 2024 mais c’était la 1ère fois en vélo…Je suis donc partie de Roscoff le mardi 29 juillet 2025 et je suis repartie de Cork le mercredi 27 Août 2025.

Équipement

Pour le matériel, j’ai, le plus possible, fait avec des choses qu’on m’avait prêté ou avec des choses que j’avais déjà… J’ai simplement acheté 2 sacoches et la tente 1 place.

Ma tente est une SIMOND MT 900 de chez Décathlon. Mon vélo n’a pas de marque, c’est ce qu’on appelle en France un vélo randonneuse, je pense qu’il a quelques années et de nombreux kilomètres au compteur car, comme je le dis dans le récit, la personne qui me l’a donné, Eric, est un féru de vélo depuis toujours. La marque et le modèle du vélo ne font pas le voyage, même si, bien évidemment, un vélo plus moderne et plus léger aurait été mieux!

Ce que j’ai apporté

vêtements vélo

  • 2 Buff
  • sur casque kway
  • sur chaussures kway
  • cape de pluie vaude
  • 3 paires chaussettes sport
  • 4 culottes
  • 3 tee shirts vélo
  • coupe vent léger
  • veste plus chaude vélo
  • 2 Cuissards courts

Vêtements autre

  • 1 paire chaussettes normales
  • 1 pull
  • 1 pantalon
  • 1 tee shirt
  • 1 tee shirt nuit
  • 1 short “rando”
  • maillot de bain
  • Kway 

Cuisine

  • cartouche gaz
  • couteau suisse
  • cuillère
  • gamelle
  • gobelet
  • éponge
  • réchaud

 Trousse toilette

  • pince à épiler
  • peigne
  • brosse à dent
  • dentifrice
  • savon
  • huile végétale
  • crème solaire
  • antimoustique
  • pommade anti frottement

Indispensables

  • chargeur
  • kit réparation
  • cordelette
  • Ecouteurs
  • épingles à nourrice
  • pochette ceinture
  • chargeur powerbank
  • boule quies
  • livre
  • petit cahier
  • nécessaire identité et argent
  • couverture de survie
  • stylo

Kit réparation

  • outils multi tâche
  • 2 démonte pneu
  • glue – rustines – grattoir
  • scotch tissé
  • chiffons
  • petite vis
  • dérive chaîne
  • petite chaine
  • chambre à air

Bivouac

  • bâche sous tente
  • tente
  • matelas
  • sac de couchage
  • coussin
  • frontale
  • Claquettes
  • lampe frontale

 Sur le vélo

  • lumières devant derrière
  • porte portable
  • 2 bidons
  • housse téléphone
  • casque
  • gants vélo

    Nécessaire

    • boussole
    • gant de toilette
    • sachets congélateurs
    • lunettes de soleil
    • serviette
    • pastilles eau
    • papier toilette
    • pharmacie
    • Sac à dos 10litres minimaliste
    • pince à linge
    •  passeport
    • prise adaptateur (irlande du nord)

    Les objets que vous avez emportés inutilement :

    Je pensais faire du bivouac sauvage donc j’étais partie en autonomie complète. Vu que les campings sont pour la plupart munis d’une cuisine avec au moins une bouilloire j’aurais pu ne pas prendre le réchaud mais j’avoue que c’est agréable d’être autonome.

    Sinon justement je ne pense pas avoir pris des choses en trop… peut-être un tee-shirt vélo que je n’ai pas utilisé! Grâce au vent, l’étendoir Bikie a bien marché!!!

    Ensuite quelques bricoles : les pastilles pour l’eau, le maillot de bain…Et mon anti-moustique qui a été inutile car aucun poids face aux midges.

    Les objets que je n’ai pas emportés mais dont j’avais besoin :

    j’aurais dû prendre 2 chambres à air!!! mais bon mon voyage aurait été différent finalement!

    un anti-midge: mais sincèrement j’en ai acheté un sur place, il a été autant inutile que mon anti-moustique.

    une ou 2 pinces à linge en + (j’en ai trouvé durant le voyage)

    des plastiques (sacs poubelles par exemple, pour avoir les fesses au sec! mais j’en ai trouvé sur place aussi).